Zablière – Zad d’Arlon Lettre ouverte


Courrier


Zablière – Zad d’Arlon

LETTRE OUVERTE A LA PRESSE, LA POLICE ET LEURS AMIS

— LA NUIT S’ANNONCE ÉTOILÉE —

Jadis la presse et les médias accueillaient les écrivains ratés, les intellectuels sur le retour, ou des téméraires aventuriers.
Puis on inventa les écoles de journalisme.
La seule différence qui subsiste entre le moine-copiste et le journaliste, c’est que ce dernier n’est même plus capable d’une enluminure. Quand le premier copiait humblement la bible, le second quant à lui copie orgueilleusement des fiches de police.
Il appelle cela de l’investigation.
Investigation, c’est le nom qu’il donne à la reconstruction du réel qu’il vend à voir ou à lire. Il appelle cela des « faits » avant d’ajouter « seuls les faits sont neutres ».
Neutralité c’est le nom qu’il a donné à une vérité à partir du moment où il s’agit d’une vérité d’état.
On ne peut que regretter le « J’accuse » d’un Zola, les investigations d’un Pierre Péan, la dénonciation des travaux inutiles de Jean-Claude Defossé.
On ne s’étonnera pas qu’à mesure que « Question à la Une » s’est transformé en un magazine conso, on finit par considérer le travail de la Meuse et de tout le groupe Sudpresse comme du journalisme. Quant à la RTBF, quelques heures passées sur le site de la SONUMA suffiraient à faire pâlir de honte ses actuels managers.
A la suite des récents événements survenus sur la ZAD d’Arlon, nous avons vu pousser le fumier sur les fleurs. Quelques vendeurs de papiers de la Meuse ont cru bon de nous calomnier, de nous insulter afin d’augmenter leurs tirages et de maintenir leur petite entreprise à fake news. D’aucuns savent que ces journaux ne sont jamais lu avec beaucoup d’attention et en fait de tirage, c’est surtout ceux des feux de cheminée qu’ils alimentent.
Nous allons ici rétablir quelques vérités en assurant, de notre côté, toute la subjectivité de nos propos.
Nous laissons aux affabulateurs l’indécence de se cacher derrière le concept fumeux de neutralité.
On nous accuse pêle-mêle de commettre des expéditions punitives, de vouloir devenir les maîtres d’Arlon, de tenter d’annexer la chaussée aux abords de la ZAD afin d’en stopper la circulation, de ne pas vouloir nous soumettre à l’autorité, de refuser à dialoguer avec la presse, d’être passé de gentils écologistes à groupuscule radical, de faire un lien entre Covid-19, état d’urgence et capitalisme, de faire venir de l’étranger, particulièrement d’Italie, et d’être des ivrognes.
On prétend enfin que notre mouvement serait en perte de vitesse.
Perte de vitesse désigne sans doute ici le fait que nous vivons paisiblement notre lutte. Que nous ne misons pas sur la quantité de soldat.es dont nous disposons mais sur la qualité d’ami.es avec lesquel.les nous tissons des liens affectifs puissants. Les yeux trop habitués à compter ne savent pas voir ce qui est fluide. Il n’y a pas de perte de vitesse car c’est justement la vitesse de ce monde que nous mettons à l’amende.
Nous, désigne ici une force sans nom, aux mille visages, de tous âges et de tous horizons.
Une force qui apparaît et disparaît au gré des situations.
Une force qui viendra défendre la ZAD si elle est attaquée, une force qui n’a pas besoin de se manifester. Les agressions policières et médiatiques auront rappelé à celles et ceux qui comptent l’existence de cette force-là.
En vérité, la ZAD est partout. Parfois même dans la chambre d’adolescents de quelques fils de notaire ou de quelques fils de flic.
On nous accuse de commettre des expéditions punitives à l’encontre des policiers. Qui a vécu la journée du 1er avril peut aisément conclure que les journalistes de la Meuse et de l’Avenir partagent avec la police une certaine aisance dans l’art du mensonge.
Quand les drones sont venus, il a été négocié une paix.
Paix conclue de commun accord.
Paix trahie aussitôt signée.
Pacte rompu entre la police et nous.
En diplomatie, les ruptures de traités entrainent le plus souvent la guerre.
Comment sinon une partie pourrait-elle négocier la paix ensuite ?
Ce que les forces de l’ordre appellent « expédition punitives », nous appelons ça « auto-défense d’un territoire ».
On nous accuse de vouloir devenir les maîtres d’Arlon ; risible et vexante accusation.
Risible parce que notre écologie se veut sans Dieu ni Maître. Vexante par ce manque d’ambition que l’on nous prête. Pourquoi nous limiter à Arlon ? Qu’y a-t-il de difficile à comprendre dans le slogan « La ZAD est partout » ?
Nous voulons le monde ou rien.
Pas seulement interrompre le flux des voitures mais le flux incessant et infernal de la circulation des marchandises, humaine ou non.
En cela, l’économie mondiale nous précède, elle qui a d’intuition ralenti ces flux pour lutter contre le Covid-19.
Alors oui, nous voulons, à terme, arrêter la circulation de l’avenue du bois d’Arlon, de la ville, de la province, du pays, du monde. Interrompre un présent écocidaire, mettre fin à une époque carnassière et sacrificielle.
Cela implique de ne pas nous soumettre à l’autorité.
Autorité arbitraire d’une intercommunale opaque et anti-démocratique telle qu’Idelux.
Autorité spectaculaire du bourgmestre Vincent Magnus.
Autorité religieuse à l’état et aux impératifs de l’économie.
Nous saluons d’ailleurs le choix sémantique. Bel aveu de la part des autorités. La soumission serait-elle donc son seul mode de gestion du monde ?
Quant à la presse, nous n’avons aucun dialogue à entamer avec elle.
Comme nos ennemis, nous trions avec soin les médias et les journalistes autorisé.es à rendre compte de l’évolution de la ZAD. Il s’agit là de stratégie.
Le groupe Sudpresse est partout connu pour être la pire pelle à merde du journalisme. Notre première rencontre avec un journaliste de la Meuse s’était conclue par un mensonge éhonté. Il avait prétendu être attaqué à la hache par l’un d’entre nous alors qu’il fut simplement raccompagné par un zadiste qui coupait du bois avant d’être importuné par son arrogance de fouille-merde et de sa recherche névrotique de ragots à envenimer.
La méthode Sudpresse est simple : créer un scandale pour en faire un gros titre.
Ils savent qu’ils ne sont pas les bienvenus ici. Nous acceptons certains journalistes mais nous refusons de laisser entrer les agents déstabilisateurs.
Nous signifions à La Meuse.be que nous exigeons bien entendu un droit de réponse.
L’Avenir quant à elle corrobore les délires complotistes de la police d’Arlon. Comme si nous faisions venir par camions entiers des gens de l’étranger – d’Italie surtout – dans le but d’infester Arlon du virus. La réalité est toute autre. En termes d’humanisme, il semblerait qu’à Arlon, l’équipe communale n’ait gardé de la charité chrétienne que l’hypocrisie qui l’entoure.
Vincent Magnus tergiverse à ouvrir un simple hall omnisport pour les sans-abris. Sa seule réponse au Covid-19 vis à vis des plus démunis, c’est la matraque. L’intimidation policière. Le harcèlement. Comment vivre et faire la manche quand fréquenter les rues devient un délit ?
La ZAD est une œuvre sociale. Elle offre un toit, des vêtements, de la nourriture et un peu de chaleur commune à qui est dans le besoin. Faites de bric et de brocs, la ZAD est plus efficace et plus à même de répondre aux besoins des plus démuni.es qu’une administration rodée et autoritaire. Elle ne tergiverse pas. Elle n’est pas de ceux qui auraient refusé leur étable à Joseph et Marie.
On nous accuse encore d’être devenu un groupuscule radical.
Nous ne sommes ni de gentil.les écologistes ni des radicaux. Nous sommes la réponse logique à un monde qui nous a dépossédé de notre puissance d’agir. Qu’ont obtenu les marches climat ? Rien. Dans ce pays où l’on peut gouverner sans majorité au parlement, il faut acter que le régime représentatif est mort. Nous sommes ce qui vient après ce décès. Ce qui sait déjà qu’il est inutile de quémander aux politiques. De la même manière que les femmes n’ont pas eu le droit de vote en votant, nous sommes persuadé.es que le vivant ne sera pas sauvé en demandant aux classes supérieures de régler un problème dont ils sont la cause. Les puissants conçoivent le monde comme une immense lutte de territoire.
Nous ne faisons que relever le défi d’une guerre que nous n’avons pas déclarés.
Le Covid est avant tout le résultat de cette vision du monde qui, victorieuse et indécente, trimballe en avion ses privilèges et ses virus d’un restaurant de Pékin à un meeting de New York. Le corona, d’évidence, a une origine sociale. Et il ne vient pas d’un 2 pièces à Gosselies. Voilà le lien entre capital et virus.
La rage de nos maîtres est telle que ce sont nous, les damnés de la terre, qui devons payer l’inconséquence de leur mode de vie. Nous le payons de nos déplacements et de nos libertés. Mais aussi de nos vies. Combien de mort.es dans les hôpitaux par manque de moyen ? Combien de crises de manque chez les toxicomanes ? Combien de nos ancien.nes croupissent, seul.es dans des homes, coupé.es de tous contact avec des êtres aimés ?
Les responsables devront payer le prix de leur irresponsabilité.
Pour mettre en place ce nouvel état d’urgence, la police exécute les ordres les plus absurdes.
A Arlon, un drone intimait à chacun de rester chez soi ; la police, par ses contrôles, crée les attroupements qu’elle est censée empêcher. Quel rapport avec le corona ? N’aurait-il pas mieux valu dépister les gens plutôt que de pister les corps ? Prendre soin des systèmes de santé plutôt que les démanteler ? Mettre autant de vigueur à maintenir l’hôpital d’Arlon que le bourgmestre n’en met à plonger la ville dans une terreur dystopique morbide ?
On s’attaque aux marges pour faire passer leurs modes de vies nomades comme vecteur du virus. Mais ce ne sont pas ces nomades-là qui l’ont répandu de par le monde. Nous n’accepterons jamais d’être tenu pour responsable des effets que produisent la folie des puissants.
Et comme tout bon portrait de méchant n’irait pas sans lui attribuer de vice, on nous accuse aussi de faire… des courses ! D’acheter de l’alcool, plus précisément.
Une vieille blague circule dans les milieux écologistes : quel est le plus petit dénominateur commun entre la ZAD et le commissariat ? La bière.
Plus sérieusement, la ZAD c’est 31 hectares sur lesquels vivent plusieurs « ménages ». Personne ne vit chez soi à 1,5 mètre de distance de ses cohabitant.es. Nous non plus. Et nous allons, comme tout le monde, user du dernier droit que l’on nous accorde : celui de consommer.
Nous pourrions dire que l’ivresse nous permet d’apaiser quelques heures la douleur d’être les contemporains de Sophie Wilmès, Emmanuel Macron ou Elie Deblire.
***
Nous pourrions continuer longtemps.
Et détailler plus encore les mensonges de la police et de la presse.
Nous pourrions redire la peur.
La peur -de voir des agents dégainer leurs armes de poing – qui tire à balles réelles –
À l’encontre d’ami.es
et tant d’autres choses encore.
Mais le merle chante et la nuit s’annonce étoilée.
Bientôt le silence.
IN GIRUM IMUS NOCTE ET CONSOMIMUR IGNI.
L’Oiseau-tempête et Jean sans terre,
Depuis la barricade Nord de la ZAD de la Sablière.

^v^


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