Enquête Médor : Les Seigneurs des Ardennes -3: Le lobby d’un hobby —

La peste porcine africaine fait la une ces derniers temps. La revue Médor a publié une enquête prémonitoire début septembre. Nous la publions en quatre parties.

Partie 3 : un syndicat redoutable (« Le lobby d’un hobby »)

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Par Olivier Bailly

Le Royal Saint-Hubert Club (RSHC) représente 4 700 membres du côté francophone, pour 16  000 titulaires d’un permis de chasse en Wallonie. C’est le défenseur principal, si pas exclusif, du monde de la chasse. À côté de cette voix, l’Amicale des chasseurs wallons est aphone, structure moribonde plafonnant à 800 affiliés grisonnants et un site web (définitivement ?) bloqué au printemps 2016.

Si plusieurs chasseurs rencontrés par Médor pestent sur « ce club au service des grands» (NLDR, comprenez : des riches), Benoît Petit, président du RSHC, rappelle la bonne gouvernance de son asbl. Présentation des candidats à l’AG via la publication Chasse & Nature, élection des administrateurs qui composent l’AG, publication des résultats. Une démocratie transparente. Et quand Benoît Petit va à la chasse, il perd rarement sa place : président national du RSHC, président de l’aile wallonne du RSHC depuis 2002 (et réélu en 2018), président de la section Chasse du pôle Ruralité du Conseil supérieur wallon de la chasse (ex-Conseil supérieur de la chasse depuis 2007, administrateur de la Fédération des chasseurs au grand gibier depuis au moins 2008, fondateur du conseil cynégétique de la Dyle et de l’Orneau, président du conseil cynégétique Haute Ardenne, membre de la Commission de tir à l’espèce cerf. Ce beau profil aurait été aperçu sur les « grandes » chasse de Lhoist ou Piron. Enfin, M. Petit, indépendant mènerait des missions de consultance pour le Groupe Lhoist. Le principal intéressé réfute avec énergie sa présence sur les chasses nommées et ne souhaite pas communiquer sur une collaboration qu’il estime relever de sa « vie privée ». Le groupe Lhoist n’a pas répondu à notre sollicitation.

CHASSE GARDÉE

En entretien, Benoît Petit rappelle que le chasseur est un des seuls avec le bûcheron qui paie l’usage de la forêt, insiste sur son expérience de terrain (« Ce sont les mains de forestier qui vous le disent ») demande la paix à la forêt (« Tous ces amateurs de nature – touristes et marcheurs, NDLR – ont un impact dramatique pour la quiétude du gibier »), rappelle « l’hypercontrôle » auquel sont soumis les chasseurs, raconte « le lobby surpuissant du monde agricole ». Faites-lui remarquer qu’il est lui aussi un lobbyiste redoutable, Benoît Petit sourit. « J’ai l’impression de lire le communiqué d’Inter-Environnement Wallonie (IEW).qui a publié fin 2015 une brochure « La forêt wallonne, une chasse gardée, le poids du lobby de la chasse ». » Pourtant, le patron du DNF, Jean-Pierre Scohy, le concède : « Le ministre (René Collin, ministre de l’Agriculture et de la forêt, NDLR) écoute plus Benoît Petit que moi. Et, c’est symptomatique, quand il y a une modification des textes de loi, il est au courant avant moi ! » Dans son numéro d’avril 2014, la revue Chasseurs de l’Est va plus loin et évoque, après un entretien avec Benoît Petit, un Royal Saint-Hubert Club « qui dicte, en fait, les grandes règles de la chasse en vigueur dans le pays ».

COUP DE PRESSION

Il est vrai que les entrées de M. Petit surprennent. Alors que le projet Nassonia n’a jamais été ébruité, une réunion se tient en juin 2016 au cabinet du ministre Collin pour présenter l’idée. Nassonia est un projet innovant sur 1 500 hectares, une gestion intégrée et durable de la forêt, projet porté par l’homme d’affaires Éric Domb (Pairi Daiza). Il participe au rendez-vous avec l’administration, le cabinet et … Benoît Petit.

Fallait-il réduire ces 1 500 hectares concernés à un vaste terrain de chasse ? Pourquoi cet acteur et pas Natagora, un représentant de la filière bois, le tourisme ou la Fédération des marcheurs ? « Dans la mesure où le débat sur Nassonia s’est concentré sur le volet chasse, il était naturel de réunir autour de cette table informelle le Royal Saint-Hubert Club, la section Chasse du pôle Ruralité », explique le cabinet Collin. Le chasseur, loin de la jouer profil bas, aurait tiré à boulets rouges sur Éric Domb, « un comportement désolant pour accueillir une personne qui veut se mettre au service de la forêt wallonne. Le ministre n’a pas bougé face à cette attitude », estime un proche du dossier. Benoît Petit préfère parler de maladresse… dans la communication d’Éric Domb. « Là on était un peu en difficulté ; c’est que l’on sentait qu’à partir de là, on voudrait imposer ce type de gestion pour toute l’Ardenne. À lire les médias, Nassonia allait être la vitrine de la forêt wallonne. »

Impensable pour les chasseurs. Constatant le blocage, Éric Domb organisera rapidement une conférence de presse pour informer le public de son projet. En avril 2017, le patron de Pairi Daiza regrettera dans les colonnes du quotidien Le Soir qu’au niveau communal, « les promesses d’un dialogue valent bien peu face aux sirènes de l’argent facile et les pressions exercées par le lobby des chasseurs ».


Olivier Bailly

Avec le soutien du Fonds pour le journalisme en Fédération Wallonie-Bruxelles

ENQUETE — LES SEIGNEURS DES ARDENNES


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