Armement nucléaire, jusqu’où irons-nous ?


Courrier


Jusqu’où irons-nous ?

Beaucoup d’associations belges ont réussi à s’unir pour lutter contre les armes nucléaires et ont manifesté leur volonté d’interdire la fabrication, la détention, le commerce et bien sûr l’utilisation de ces armes. Mais cela n’a pas suffi. Le royaume de Belgique n’a pas participé à l’élaboration du Traité d’Interdiction des Armes Nucléaires (TIAN), et maintenant, il ne le signe ni ne le ratifie pas. Notre Parlement qui a voté une belle loi sur l’interdiction d’un certain nombre d’armes en 2006 n’a jamais pris au sérieux la proposition du sénateur Philippe Mahoux d’ajouter à la liste des armes interdites celles qui utilisent l’énergie atomique. Cet attachement aux armes les plus redoutables d’aujourd’hui ne découle pas d’intentions belliqueuses de nos représentants, on le suppose, mais bien de l’évolution actuelle de notre société dont nous pouvons examiner certaines tendances.

Ceux et celles qui se souviennent des années 37-39 ne pourront jamais oublier l’émotion, la réprobation et les craintes engendrées par le bombardement de Guernica par les avions allemands et italiens. Huit ans plus tard les bombes d’Hiroshima et de Nagasaki semblaient la conclusion normale d’une période troublée. Les années de guerre avaient remodelé nos esprits. La découverte des pires horreurs du nazisme nous aveuglait devant les dangers d’autres jugements globaux. La vision simpliste du temps de guerre (bon camp contre mauvais camp) nous tentait par sa simplicité. Il en reste encore des traces dans certains comportements.

Il faut maintenant étudier de plus près la situation actuelle. Une partie non négligeable de nos compatriotes ne sont guère préoccupés par les problèmes internationaux. Cela peut se comprendre : depuis un an la pandémie occupe la une de nos bulletins d’informations. Le monde continue à vivre cependant et les organisations dont nous sommes membres prennent des décisions dont nous ne savons rien. Aujourd’hui le coronavirus accapare l’attention, mais il faut reconnaître qu’avant la pandémie, ce n’était guère mieux. Qui d’entre nous sait ce qui se décide au G8, au G20, à l’OTAN, à l’UE, à l’ONU et dans tant d’autres organisations dont Jean Ziegler nous avait si bien expliqué le fonctionnement dans son livre « Les nouveaux maîtres du monde » (1)

Le comportement d’un grand nombre d’êtres humains est lié à leur méconnaissance du danger des armes atomiques. Comment expliquer autrement leur confiance en des engins fabriqués pour détruire ? L’appréciation de ce danger exige d’une part certaines connaissances scientifiques et d’autre part une conscience politique difficile à acquérir dans un monde où les crises se succèdent, dont les informations sont souvent douteuses et conduisent parfois à des violences inimaginables. Dans le domaine des conflits armés, pensez à la vidéo qui a convaincu beaucoup de gens de la présence d’armes de destruction massive en Irak pour réactiver une guerre latente. Nous arrivons ici au point où la Coalition « No-nukes » pourrait agir. Depuis longtemps, je vois clairement cette nécessité d’agir. Je ne peux évidemment rien faire tout seul, mais il y a trois chemins possibles, tous les trois dangereux, et qui pourraient dans une discussion faire découvrir une meilleure approche du problème.

  1. Organiser une grande soirée télévisée où des physiciens bien informés viendraient exposer quelques faits compréhensibles et convaincants et où des politiciens montreraient les obstacles qu’ils doivent affronter.
  2. Établir un plan d’action à présenter aux mouvements pacifistes des autres pays de l’OTAN.
  3. Fonder les bases d’une zone exempte d’armes nucléaires en Europe.

Pour chacune de ces suggestions, il faut avoir une vue relativement commune de la situation actuelle. Voici quelques éléments que nous pourrions mettre en discussion :

Nous nous trouvons dans un monde où existe un autre traité, le TNP (Traité de Non Prolifération des armes nucléaires). Cet accord doit être préservé, nous en avons besoin. Mais il doit être effectivement appliqué. Il n’est pas acceptable que des pays qui n’appliquent pas les articles 1 et 6 proposent au Conseil de Sécurité de sanctionner ceux qui ne respectent pas les autres . De telles pratiques discréditent le traité.

La consultation des documents relatifs au TIAN (Traité d’Interdiction des Armes Nucléaires) met en lumière des pratiques bien connues qui rendent urgent un examen sérieux de l’ONU en collaboration avec des associations d’États qui restaurent discrètement une espèce de colonisation.

Soyons plus précis, le point central est certainement la répartition des pouvoirs au sein de l’ONU. Le Conseil de sécurité et ses cinq membres permanents détenteurs d’un droit de veto constituent une source permanente d’injustice : États-Unis, Russie et Chine s’injurient et se menacent mutuellement mais tombent d’accord pour sanctionner d’autres nations par des guerres ou des mesures économiques. Or les sanctions frappent surtout des citoyens peu ou pas responsables des comportements qu’on reproche à leurs dirigeants. Remarquons au passage que l’hémisphère sud est absent de ce groupe des cinq permanents !

Le point qui concerne le plus directement notre adhésion au TIAN est l’évolution de notre place dans l’OTAN. Comment sommes-nous passés d’une association de défense d’un territoire à cette prétention de diriger le monde? Qui nous a imposé un secrétaire général aveuglément pro-nucléaire? De discours en discours, Jens Stoltenberg combat l’esprit et la lettre du TNP. Ce dernier traité apparaissait comme une tentative de débarrasser le monde d’un type d’armes de destruction massive qui, de plus, menaçaient gravement notre milieu de vie. Les États-Unis ont très vite violé le traité en installant des armes nucléaires dans d’autres pays. Ils ont ensuite trouvé en Europe un secrétaire général fanatique des armes nucléaires avec des arguments de ce genre :

  • Nous ne pouvons pas nous en passer s’il en reste dans d’autres pays.
  • Nous ne pouvons pas nous engager à ne pas être les premiers à nous en servir.
  • Ni à ne pas les utiliser contre des pays qui n’en possèdent pas.

Les représentants de nos pays ne réagissent pas.

Aucun pays de l’OTAN ne signe le TIAN. Croyez-vous qu’il n’y a pas d’ordres ? Que nous ne sommes pas une colonie US ?

Pierre Debbaut



1 Rappelons aussi l’argument économique qui « justifie » notre florissant commerce des armes. Les F-35 capables d’emporter des charges nucléaires rapporteront 400 millions d’euros aux grandes entreprises belges Asco, Sabca et Sonaca :  https://www.lecho.be/entreprises/defense-aeronautique/le-f-35-rapportera-400-millions-d-euros-a-asco-sabca-et-sonaca/10288068.html.  Même des  petites entreprises comme Féronyl installée à Mouscron en profiteront, comme l’a rappelé le JT du soir de la RTBF de ce lundi 24 mai.


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